Pour ne pas conclure

Cette crise financière ne nous offre-t-elle pas aussi une opportunité à saisir pour remettre en cause nos comportements, nos modes de vie ?
Elle peut, si nous le voulons accélérer la prise en compte des défis auxquels l'humanité est confrontée.
Elle éclate dans un contexte nouveau dans l'histoire du monde : la prise de conscience que la raréfaction des ressources naturelles et la fragilité de notre planète ne nous permettent pas de soutenir et de généraliser notre mode de vie fondé sur la seule consommation. Il s'offre à nous une chance pour espérer et aussi pour innover, proposer, travailler…" pour refaire le monde, mais surtout pour agir là où je suis, dans les fonctions qui sont les miennes, avec les moyens dont je dispose". N'offre-t-elle pas en ce 21e siècle une nouvelle chance pour restaurer la responsabilité de chaque homme à la fois sur son destin et sur celui de l'humanité ?
Nul ne sait aujourd'hui quelles seront les conséquences de cette crise financière sur nos vies, ni dans leur ampleur, ni dans leur nature, mais chacun ressent intuitivement que nous vivons la fin d'un cycle et le début d'un nouveau. Nous en saisissons un peu les risques, nous n'en n'appréhendons pas les chances.
L'humanité est à une croisée des chemins. Elle doit choisir une route, car la vie ne s'arrête pas. Cette crise appelle des solutions globales qui tiennent compte du monde entier et de la conscience que nous avons maintenant d'une terre limitée. Nous avançons dans une grande incertitude mais nous savons que le jour vient après la nuit. Déjà en 1935, Teilhard de Chardin ,écrivant à un ami, pressentait que le monde vivrait une vie échevelée pendant 2 ou 3 générations ,qui conduirait à de grands bouleversements , au-delà desquels viendrait la paix…..Il est vrai que déjà nous distinguons les opportunités à saisir

Pour faire évoluer les règles du jeu : les responsables politiques, financiers, économiques, quelles que soient leurs convictions, sont au pied du mur. La régulation des marchés est indispensable, la politique doit reprendre le pouvoir, les institutions internationales être réformées et disposer de l'autorité nécessaire.
Pour répartir la richesse autrement entre les peuples et entre les hommes. Il s'agit de prendre en compte la rareté des ressources naturelles, le respect de notre terre pour instaurer un développement véritablement durable en inventant un autre contenu pour la croissance et répartir celle-ci de façon équitable sur la planète.
Pour changer nos modes de vie. Cette exigence est impérative pour les plus pauvres, hélas trop nombreux, qui ont besoin de sortir de la misère pour atteindre les conditions de vie dignes qui leur permettront d'exercer leur liberté. Cette exigence est aussi nécessaire pour les plus riches qui ne trouvent pas dans le gaspillage et la surconsommation l'épanouissement et le bonheur auquel nous sommes tous appelés. Exigences qui entraînent une redistribution mondiale des ressources, de l'activité économique et des revenus.
Pour donner leur chance à tous les peuples et à tous les hommes et mettre l'homme au centre de l'économie ou mieux, mettre l'économie à sa place au service d'un bien commun global. Louis-Joseph Lebret a témoigné toute sa vie de la possibilité d'un développement économique au service de l'homme, fondé sur la créativité et la participation de tous les peuples et de chaque être humain.

Nous sommes invités à nous mettre en route pour construire cette économie au service de l'homme, là où nous sommes. Nous ne sommes pas tous appelés à diriger le monde, mais nous sommes tous concernés ; chacun de nous est capable d'apporter sa contribution par ses idées, ses propositions, sa manière de travailler, de consommer à ce grand projet.

"En se rendant à Chartres, Péguy voit sur le bord de la route un homme qui casse des cailloux à grands coups de maillet. Son visage exprime le malheur et ses gestes la rage. Péguy s'arrête et demande et demande :"Monsieur, que faites-vous ?" "Vous voyez bien, lui répond l'homme, je n'ai trouvé que ce métier stupide et douloureux." Un peu plus loin, Péguy aperçoit un autre homme qui, lui aussi, casse des cailloux, mais son visage est calme et ses gestes harmonieux." Que faites-vous, monsieur ? Lui demande Péguy Eh bien, je gagne ma vie grâce à ce métier fatiguant, mais qui a l'avantage d'être en plein air", lui répond-il. Plus loin, un troisième casseur de cailloux irradie de bonheur. Il sourit en abattant la masse et regarde avec plaisir les éclats de pierre. Que faites-vous ?", lui demande Péguy. "Moi, répond cet homme, je bâtis une cathédrale !"

Attribué à Charles Péguy, selon Boris Cyrulnik.

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