I - Analyse de la crise : le subprime

1 - Le mécanisme : il consiste à accorder un prêt hypothécaire à des personnes quasi insolvables, à des taux très progressifs (de 0% les 2 premières années à 8% ensuite).La " logique " du prêteur consiste à prêter le montant correspondant à la valeur (anticipée) du bien (sans autofinancement) sans prendre de risque, car,selon ses anticipations, les prix de l'immobilier progresseront assez pour que le prix de vente couvre la créance, si l'emprunteur est défaillant. Il suffira de saisir le bien, de mettre le débiteur dehors et de vendre. Plus de 2 millions de foyers américains sont dans cette situation.

2 - Cette pratique appelle deux critiques :
a) - il n'est pas besoin d'être financier pour comprendre que l'on ne prête pas à des foyers insolvables. Leur besoin de logement relève d'autres modes de financement que ceux du marché. Un minimum de sens moral suffit pour écarter cette voie.
b) - Les arbres ne montent jamais jusqu'au ciel ! Le bon sens suffit à le comprendre. Il n'est point besoin de sortir de grandes écoles ni de manipuler les modèles mathématiques pour éviter ce piège. Les marchés sont caractérisés par des cycles, expression de la vie.

2 - La genèse du subprime.

Ce mode de financement est l'un des outils financiers mis au point depuis les trente dernières années. Le développement des économies, des échanges commerciaux, la nécessité de couvrir les risques ont incité les gouvernements à modifier les règles du crédit et à pousser les banques à inventer des techniques financières permettant de répondre à ce développement.

Pour le comprendre revenons à l'histoire.

21 - De 1929 à Bretton Woods

Après la crise de 1929 (qui s'est terminée en 1945) 18 pays sur 44 participants aux négociations ; les principales puissances économiques de l'époque (sauf l'URSS) se sont accordées pour mettre en place un système monétaire international défini par les accords de Bretton WOODS en juillet 1944.

Deux projets émergèrent parmi les propositions formulées : celui de la Grande-Bretagne soutenu par J.M.Keynes et celui des Etats-Unis défendu par H.D.White, Secrétaire au Trésor américain. Le premier proposait la création d'une monnaie internationale, le Bancor, confiée à la responsabilité d'une Banque Centrale mondiale. Le second proposait l'indexation des monnaies nationales sur l'or dans le cadre d'une concertation entre les pays signataires. Les Etats-Unis ne pouvaient admettre l'autorité d'une Banque Centrale supranationale. Leur projet prévalut. Le FMI, la Banque Mondiale, les règles du jeu financier découlent de ces accords. L'un des points forts reposait sur l'engagement des pays membres à déposer une part de leur stock d'or au FMI pour lui permettre d'accorder les crédits nécessaires à la reconstruction après la guerre, et au développement du commerce international. La masse de crédit et la parité des monnaies étaient liées au stock d'or, complété par deux monnaies de réserve, le dollar et la livre sterling.

Ce système a tenu jusque dans les années 60, au prix de quelques dévaluations contrôlées A cette époque, la croissance, l'arrivée de nouveaux pays suite à la décolonisation, ont accru les besoins de crédits. Les stocks d'or ne suffisaient plus. La question s'est alors posée de trouver une nouvelle base d'indexation de la masse de crédits. Souvenons-nous des débats relatifs à l'étalon-or sous le Général de Gaulle. On a alors créé les « droits de tirage spéciaux » en 1969 qui autorisaient à accorder des crédits non plus seulement en fonction du stock d'or du FMI, mais aussi en fonction de la situation du pays emprunteur et de ses perspectives, sans oublier sa situation politique. Droits libellés en dollar, qui s'affirmait comme monnaie de référence au plan mondial, mais encore indexé sur l'or.

22 - La fin de Bretton Woods

En 1971, le Président Nixon décide de détacher le dollar de l'or. C'est la fin des parités fixes entre les monnaies. Le dollar devient la monnaie de référence fondée sur la seule confiance en la puissance américaine. C'est l'apogée de l'hégémonie des Etats-Unis ; c'est une décision éminemment politique, qui déborde les finalités financières et économiques. Elle s'inscrit dans une stratégie inspirée par la guerre froide et donne aux autorités américaines un pouvoir quasi absolu sur l'économie mondiale. Sous l'inspiration d'économistes, dont Milton Friedmann, ils fondent le développement économique sur la seule loi des marchés, la compétition et la concurrence.

23 - Années 80 : la déréglementation

Avec le Président Reagan et Madame Thatcher, les anglo-saxons imposent leurs conceptions dans les années 80 : déréglementation des marchés financiers, responsabilisation des établissements bancaires, libre jeu de la concurrence, transformation du GATT en Organisation Mondiale du Commerce, considérées comme moyens privilégiés de développer l'économie et les échanges mondiaux. Il s'agit de permettre, selon cette conception, à chaque pays de tirer le meilleur parti de ses capacités (l'avantage comparatif) par le commerce international Les autres gouvernements du bloc occidental dont l'Europe soutiennent ou acceptent cette stratégie.

Les volumes de crédits sont alors indexés sur les bilans et les fonds propres des banques, liés à leurs augmentations de capital et à la capitalisation de leurs profits. Elles sont ainsi poussées à dégager la plus forte rentabilité possible. Les autorités monétaires ont pour mission de contrôler que les banques respectent ces normes prudentielles. Le processus est complété par la mise en oeuvre d'une norme comptable d'inspiration anglo-saxone pour toutes les sociétés cotées en bourse dans le monde, en un premier temps. J'y reviendrai ultérieurement. Tous les pays de l'OCDE ont adopté ces normes, quels que soient les gouvernements. Tel est le cadre dans lequel ont évolué les techniques et les marchés financiers depuis 20 ans, faisant place à tes techniques de plus en plus sophistiquées avec les produits dérivés, et à une spéculation effrénée. Un produit dérivé ou contrat dérivé est un instrument financier :

Dont la valeur fluctue en fonction de l'évolution du taux ou du prix d'un produit appelé ("sous-jacent")
Qui ne requiert aucun placement net initial ou peu significatif
Dont le règlement s'effectue à une date ultérieure

Les gouvernements y ont trouvé un moyen efficace pour soutenir leur politique de consommation et de croissance grâce à un crédit quasiment illimité.

24 - 1987 : la FED et le Crédit facile

La FED (Banque Centrale américaine) avec son Président Greenspan depuis 1987a soutenu une politique de crédit débridée en pratiquant des taux très bas pour soutenir la croissance américaine. Elle a ainsi favorisé le marché immobilier aux Etats-Unis, dont la subprime, et la forte croissance américaine des années 2000.

Ces choix politiques décidés depuis 60 ans ont largement contribué à la croissance de l'économie occidentale, puis mondiale. Ils ont aussi généré les excès responsables de la crise financière que nous vivons.

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