Lointaine Guadeloupe

La Guadeloupe fait parler d'elle en métropole. Nous découvrons ce coin de terre autrement que par les clichés habituels: le soleil, les palmiers, le sable blanc, le ti punch l'argent braguette, "ils n'ont qu'à travailler, çà nous coûte cher, ils sont toujours en grève, il n'y a qu'à leur donner l'indépendance "

La Guadeloupe c'est d'abord 450000 Guadeloupéens vivant sur le "papillon", et environ 200000 vivant en métropole. Ils descendent des africains que les français ont déplacés du 16e au 19e siècle.
La Guadeloupe c'est un taux de fécondité de 2,1 pour mille
La Guadeloupe, c'est 1700 km2 de nature exubérante, sur la Basse-Terre et d'agriculture sur le reste.
La Guadeloupe, c'est un département français depuis 1946. Les Guadeloupéens sont français à part entière.
La Guadeloupe c'est un peuple travailleur et intelligent.
La Guadeloupe, c'est une île qui, dans un contexte de mondialisation se trouve aux prises avec les défis auxquels sont confrontés tous les insulaires: éloignement, coût des transports, marché trop limité pour développer une économie active
La Guadeloupe c'est une île parmi ces dizaines d'îles qui constituent la Caraïbe, qui furent colonisées par les européens: anglais, espagnols, hollandais, français, Elles ont une histoire commune, mais connaissent un sort différent depuis la décolonisation: toutes, sauf les Antilles françaises, ont accédé à l'indépendance.
La Guadeloupe c'est une région à 7000 km de la métropole, régie par le droit français élaboré à Paris. Elle ressent comme d'autres régions, mais avec plus d'intensité, la non-prise en compte de son identité régionale.
La Guadeloupe, c'est un Produit Intérieur Brut de 7,6 milliards d'Euros en 2006, soit 17000 € par habitant (60% de la moyenne nationale).
La Guadeloupe importe plus de 2 milliards d'Euros (essentiellement de métropole) quand elle exporte 0,2 milliards (de sucre, rhum, banane). Ce chiffre est à rapprocher de celui des transferts sociaux et aides diverses. Ceux-ci sont pour la plus grande part "recyclés "dans l'économie métropolitaine par l'intermédiaire des importateurs antillais et des grandes surfaces. Un impôt, l'octroi de mer, est prélevé sur ces sommes pour financer les collectivités territoriales.

Qui a intérêt à développer les productions locales?

Car le grand défi auquel la Guadeloupe comme toutes les îles antillaises, est confrontée c'est le développement économique. Son caractère insulaire est un handicap dans un contexte de mondialisation. Elle ne possède pas de ressources naturelles. Il n'est pas concevable d'y implanter des industries lourdes, consommatrices de matières premières et coûteuses en transports (contrôlés par des monopoles) La voie est à rechercher dans des activités à forte valeur ajoutée et dans le développement de services marchands, sans négliger le potentiel agricole actuellement orienté vers des cultures exportées au détriment des productions utiles à la population.

La voie est étroite. Si une réelle volonté de développement s'affirme, les résultats ne seront pas immédiats. Pour autant il n'est pas envisageable d'abandonner une partie de la population nationale à son sort, si le mot "solidarité" a un sens au pays des droits de l'homme. Les 580 millions d'euros promis aux départements d'Outre Mer permettront aux plus pauvres d'améliorer leurs conditions et c'est nécessaire, mais ils profiteront aussi aux importateurs, à la grande distribution, et aux entreprises métropolitaines.

La mondialisation telle qu'elle est conçue, laisse peu de chances aux régions insulaires (sauf à en faire des paradis fiscaux) ou handicapées par leur géographie. Seule une politique volontariste des organisations internationales peut les aider à se développer en les protégeant d'une concurrence sauvage. Politique coûteuse, objectera-t-on, mais moins coûteuse que la concentration de populations déracinées dans nos mégapoles explosives

Pensons-y avant que la révolte des Guadeloupéens n'apparaisse comme un signe précurseur d'autres révoltes. Louis-Joseph Lebret, fondateur d'Economie et Humanisme rappelait que "Le plus grand mal n'est pas la pauvreté des démunis, mais l'insouciance des riches"

Louis Pilard, de BRES (Bretagne Espérance Solidarité)