Le développement des peuples

Un jeune africain répondait à un expert du développement : " Ce n'est pas le développement que je cherche, mais le bonheur ".
Pourtant le développement fait l'objet de projets politiques, pas le bonheur. C'est dire que le mot n'a pas le même sens pour tous et que celui-ci mérite d'être précisé.
Développer est le contraire d'envelopper : c'est retirer l'enveloppe, libérer l'objet, le rendre visible. Se développer, c'est suivre son cours, un processus d'expansion. Le développement de l'homme revêt de multiples facettes : physique, intellectuel, culturel, spirituel... Le développement des peuples est économique, social, culturel. Aujourd'hui le développement se veut durable. L'idée de développement comprend le processus, le déploiement. Le développement de l'homme, c'est la mise en oeuvre de toutes ses capacités, physiques, intellectuelles, affectives, spirituelles, de façon équilibrée.
La question est de savoir si l'économie permet à l'homme de se développer. Depuis quelques décennies l'on tente de mesurer le développement à l'aide d'indices de développement humain(IDH).Ceux-ci permettent en réalité de mesurer les conditions de vie d'un peuple, son niveau de vie, à l'aide de critère tels que la santé, l'éducation, l'application des droits de l'homme. Ils intègrent des éléments qualitatifs. Ces conditions de vie résultent de l'activité économique, du volume de richesses qu'elle produit et surtout de sa répartition entre les composantes du peuple concerné.
Ainsi défini, le développement ne se limite pas à la seule création de richesses sous forme de biens et de services. Il exprime les conditions à partir desquelles les hommes peuvent se réaliser, les moyens dont ils disposent pour exprimer leurs "capabilités "selon Amartya Sen. Mais il n'est pas l'épanouissement de l'homme, qui, dans sa liberté, peut ou non créer son bonheur. Disposer de bonnes conditions de vie ne suffit pas pour que l'homme se développe .Les choix de chacun sont le moteur essentiel du développement personnel. Le bonheur est à construire par chacun.
La création de richesses ressort de l'activité économique. Elle se mesure par le Produit Intérieur Brut (PIB) qui, par convention, englobe la valeur ajoutée par les acteurs économiques, salariés, entrepreneurs, auteurs de biens et services destinés au marché. Elle ne prend pas en compte la production de biens et services issus du secteur non marchand. (Associations, administrations, par exemple) ni l'économie informelle. La valeur ajoutée, base de la TVA compose le PIB. Celui-ci est ce qui est produit sur le territoire national. Il est la différence entre la valeur des produits finis, et le coût des matières consommées pour réaliser ces produits. Le savoir-faire de l'homme, sa créativité, les progrès techniques, permettent de consommer plus ou moins de matières pour atteindre un résultat donné. Ils permettent aussi de créer de la valeur avec des matières jugées inutiles telles que les déchets.
L'évolution du PIB se mesure, chaque mois, chaque année. L'on compare son évolution d'un pays à l'autre : on mesure sa croissance, par son pourcentage d'évolution, le taux de croissance de l'économie. Celui-ci est un outil de mesure, de comparaison ; il n'est rien d'autre ! Malheureusement dans notre monde de compétition, il est devenu le point de mire, voire l'obsession de tous les acteurs politiques, économiques, sociaux, des médias. L'outil est devenu l'objectif : qu'importent le contenu du Produit Intérieur Brut, la manière dont il est réalisé ! Le quantitatif suffit !
Il en résulte incompréhensions, malentendus, débats stériles. Alors que si l'on met l'outil à sa place, on peut envisager différemment les conséquences économiques de nos changements de modes de vie. En effet, si des activités créatrices de bien et services sont appelés à disparaître, de nouvelles apparaissent souvent plus porteuses de valeur ajoutée, et donc de croissance. La question n'est plus de maintenir un taux de croissance, mais de rechercher les activités répondant aux besoins nouveaux, aux aspirations des peuples.
Donc ne demandons au taux de croissance que ce qu'il peut offrir : une mesure de l'activité économique. Le développement économique défini par les Indices de Développement Humain repose sur une croissance suffisante, mais aussi sur une volonté politique de répartir la richesse créée(le PIB) de manière équitable. Volonté fondée sur une véritable démocratie qui doit permettre à chaque être humain de disposer des conditions de vie nécessaires à son propre développement physique, intellectuel, affectif, spirituel. Mais il ne se développera que s'il le veut. Chacun est responsable de son épanouissement, de son bonheur.
Les entreprises et associations dont nous rapportons l'expérience contribuent à la création de richesses, chacune à sa manière, dans son domaine, dans son espace géographique. Elles ont montré qu'elles savent mobiliser des énergies, mettre des hommes et des femmes pour contribuer à cette création, et en obtenir un juste retour.

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