Capital et Capitalisme

Capital et capitalisme sont des mots à forte charge idéologique, souvent passionnelle. Le sujet a fait l'objet d'innombrables études et publications. Nous ne prétendons pas ici procéder à une analyse complète de ces écrits. Il est néanmoins utile de définir le sens de ces deux termes.
Le mot capital est apparu au 17e siècle Il désigne l'ensemble des ressources matérielles et techniques mises en oeuvre par l'entreprise: le capital foncier, immobilier, le savoir-faire, le fonds de commerce, les droits d'exploitation, etc... Il résulte de l'accumulation des ressources au fil du temps et découle de l'investissement. Il évolue avec le progrès technique, devenant de plus en plus important avec l'évolution de la technologie.
Ce capital technique est financé par le capital social qui désigne le propriétaire de l'entreprise.
Il est nécessaire dans toute entreprise, quel que soit son statut :

Entreprise individuelle, où le capital appartient à l'entrepreneur.
Entreprise en société, où il est partagé entre les associés. Dans les petites sociétés (société civile, Société à Responsabilité Limitée, petites sociétés anonymes, les associés se connaissent et souvent travaillent dans l'entreprise. Dans les grandes sociétés anonymes, cotées en bourse, le lien personnel disparaît et les détenteurs du capital sont peu identifiés.
Entreprise coopérative ou mutualiste, où le capital est détenu par les personnes qui utilisent les produits ou les services de l'entreprise
Entreprises nationalisées dont le capital appartient à l'état.
Entreprises ou sociétés d'économie mixte, associant capital privé et capital public.

La propriété du capital, qui donne dans notre droit tout le pouvoir, est déterminante dans la stratégie de l'entreprise, sa gouvernance, les relations avec ses partenaires et sa politique de profits et leur partage
L'histoire économique montre l'évolution dans la propriété du capital, avec l'industrialisation et le développement des marchés concurrentiels. Au18e et 19e siècles le capital appartenait à des familles 'industrielles. Avec la création de la Société Anonyme en 1867, puis des bourses de valeurs, le capital s'est dilué dans un public plus large, sans lien avec l'entreprise, animé par la recherche du meilleur profit. Les propriétaires du capital restent dans l'anonymat, sans responsabilité sur l'entreprise. Cette tendance atteint son apogée dans les années 1980 avec la dématérialisation des titres, et l'apparition de nouveaux opérateurs sur les marchés financiers: Fonds Communs de Placement, SICAV, Fonds de Pension, L'épargnant de base confie la gestion de son argent à des experts dirigeants ces structures. Il en attend la meilleure rentabilité, sans se sentir concerné par la gestion de l'entreprise, ni par l'emploi de son argent. Il abandonne son pouvoir et sa responsabilité de propriétaire à des techniciens de la finance qui conduisent les affaires selon le seul critère de la rentabilité, et selon leur éthique. Une complicité "tacite" s'établit entre actionnaires et dirigeants pour mettre l'entreprise au seul service du profit à court terme. Par le jeu de la concurrence généralisée au plan mondial, l'ensemble des entreprises, coopératives, nationalisées, sont entraînées dans cette logique du profit à court terme, en contradiction avec leurs valeurs originelles L'entreprise est déconnectée de son environnement : les retraités d'une grande firme automobile américaine sont ainsi allés jusqu'à pousser leur fond de pension à soutenir la suppression de 6000 emplois dans leur entreprise!

Le capitalisme, ou religion du capital, revendique indûment cette priorité absolue donnée au seul propriétaire du capital de diriger l'entreprise et d'en définir stratégie et mode de gouvernance en vue de la maximisation du profit immédiat. Cette exigence des actionnaires empêche toute vision à long terme des dirigeants. Les multinationales aux constellations nébuleuses ont-elles une orientation perceptible par le public? Où et par qui est-elle élaborée?
Le capitalisme est souvent défini comme un système. La fin en est régulièrement annoncée depuis des décennies.Il est toujours là, toujours objet de violentes critiques par les uns, ou considéré comme le moindre mal par les autres, glorifié par d'autres. Les expériences fondées sur son élimination n'ont pas réussi. Car le capitalisme est moins un système qu'un état d'esprit. Il naît dans l'homme, dans notre individualisme, notre intérêt. Cet état d'esprit n'est pas lié au montant des capitaux en jeu: le déposant modeste peut être aussi exigeant que le plus gros fonds de pension. Ainsi les capitalistes sont-ils partout, et la réforme du capitalisme, si elle est possible, est conditionnée par un changement dans nos mentalités et nos comportements. Elle relève autant de l'éducation et de l'éthique que de la législation.
Le capitalisme "rhénan", industrieux, familial, n'est pas le capitalisme des mafias qui ne respectent ni loi, ni morale sauf celle du gain maximum par tous les moyens. Entre ces deux visages, il existe toute une variété de comportements capitalistes, dont certains font place au développement de l'homme.

Sources : Groupe "Défi de l'argent"
Encyclopédia Universalis 2006 Paul Fabra

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